Progress pill
La saisie de la monnaie par l’État

L'évolution des monnaies de réserve mondiales

Histoire de la Monnaie

L'évolution des monnaies de réserve mondiales

  • L'importance historique des métaux précieux
  • L'essor portugais et le Real (1450-1530)
  • L'apogée espagnole et le Spanish Dollar (1535-XVIIe siècle)
  • L’ascension hollandaise (XVIIe siècle)
  • La puissance française, velléités et échecs (XVIIe – XVIIIe)
  • La domination britannique (XVIIIe – début XXe siècle)

L'importance historique des métaux précieux

Bienvenue à cette section au sujet de l'émergence des monnaies de réserve et des banques centrales.Comme premier point de cette nouvelle section, nous allons nous concentrer sur l'évolution des réserves, des monnaies, pardon, de réserves mondiales.
Les métaux précieux, spécialement l’or et l’argent, ont longtemps été considérés comme la base de la richesse et de la puissance des empires. La soif d’or a toujours été un moteur dominant, et ce fut l’afflux de métaux précieux qui eut les effets les plus directs et évidents sur les développements monétaires en Europe. À l’époque médiévale et début Renaissance, cette obsession pour l’or et l’argent s’explique par la difficulté à conserver la valeur dans d’autres formes de marchandises, ainsi que par la forte demande des puissances étrangères, notamment dans le commerce avec l’Orient.
Au fil des siècles, plusieurs empires se sont succédé comme centres économiques mondiaux. Le pays qui domine le commerce mondial durant une période donnée obtient en général le statut de monnaie de réserve. On mentionne ainsi :
L'Espagne et le Portugal (XVe et XVIe siècles)
  • Les Provinces-Unies (Pays-Bas) au XVIIe
    La France et la Grande-Bretagne aux XVIIIe et XIXe Les États-Unis au XXe siècle

L'essor portugais et le Real (1450-1530)

Le Portugal dominait le commerce mondial durant la seconde moitié du XVe et le début du XVIe siècle, avec le Portuguese Real. Il s’agissait d’une pièce d’argent de poids relativement uniforme. Les Portugais, grâce à leurs avancées en navigation, trouvèrent de nouvelles routes maritimes vers l’Afrique, l’Asie et le Nouveau Monde. Les forts militaires et comptoirs maritimes se multiplièrent de l’Afrique jusqu’en Chine (Macau).
Pour répondre à la soif d’or et d’argent en Europe, "la motivation constante des grandes découvertes fut le profit commercial et surtout la quête d’or et d’argent". Toutefois, l’Empire portugais, trop étendu et concurrencé par les Hollandais, Anglais et Français, déclina par la suite.
Voici un artefact, un demi-réal presto qui date de l'époque de ces conquêtes Maritime.

L'apogée espagnole et le Spanish Dollar (1535-XVIIe siècle)

Avec la conquête du Nouveau Monde, l’Espagne devint l’acteur dominant. Son monarque, contrôlant de gigantesques mines d’argent (Potosí en Bolivie, Zacatecas au Mexique), réussit à battre monnaie en argent pur, évitant ainsi de déprécier la sienne : le Real Espagnol.
Le réal espagnol, qu’on appelle aussi le « piece of eight ». Il est surnommé ainsi parce qu’on le coupait souvent en huit pour créer de la monnaie plus petite. On l’appelle aussi le dollar espagnol. La pièce que vous voyez ici date de 1814, donc c’est un exemplaire un peu plus récent. Les toutes premières pièces du dollar espagnol, elles, n’étaient pas aussi parfaites : c’étaient des pièces frappées au marteau, beaucoup moins rondes et moins nettes.
Ce qui est vraiment intéressant, c’est que le dollar espagnol était la monnaie de réserve internationale à l’époque. L’autorité espagnol avait aussi sa monnaie locale, le maravedi, et pour ajuster la masse monétaire, il procédait à des rappels réguliers. Par exemple, une pièce en cuivre ou en bronze valant initialement un maravedi pouvait être rappelée et estampée avec un « 2 », puis plus tard avec un « 4 », et ainsi de suite jusqu’à « 8 ». Sur la photo haute définition, on voit clairement un « 8 » estampé. C’est une façon de faire grandir la masse monétaire… et forcément, ça créait de l’inflation.
Si on regarde l’histoire des monnaies de réserve, un point intéressant émerge : les empires n’inflationnaient pas leur monnaie tant qu’elle gardait ce statut de monnaie de réserve. Ce n’est qu’à la fin de leur domination qu’ils finissaient par la dévaluer, perdant ce privilège, qui passait alors à un nouvel empire.
En Espagne, le dollar espagnol a dominé le commerce mondial pendant près de 200 ans, notamment entre la Chine et l’Europe. On retrouvait ces pièces jusque dans les ports chinois. Et c’est là qu’il y a un petit clin d’œil historique : le dollar américain vient directement de cette monnaie. Quand les États-Unis se sont formés en 1792, ils ont passé une loi pour battre leur propre monnaie, et leurs premiers dollars ont été créés sur le modèle du dollar espagnol, autant par le nom que par la taille de la pièce.
Pour se rendre compte de la valeur, à l’origine, un dollar américain était une pièce d’argent pesant presque une once, donc entre 30 et 40 € d’argent aujourd’hui, contrairement au billet de papier qu’on connaît maintenant. Et le dollar espagnol, lui, circulait tellement qu’il est considéré comme la première véritable monnaie globale.
Cependant, cet afflux de métaux précieux venant des Amériques causa de l’inflation en Europe. Durant la révolution des prix (env. 1540-1640), le coût de la vie en Angleterre fut multiplié par sept. En Espagne, l’abondance d’argent eut un effet pervers de ‘resource curse’, freinant le développement d’institutions bancaires solides.
Par la suite, l’Espagne fit face à de nombreux conflits militaires (Flandres, Pays-Bas, guerre de Trente Ans), et ses finances s’effondrèrent peu à peu. Les souverains successifs choisirent, plutôt que de dévaluer la pièce d’argent mondialement acceptée, de faire défaut ou de déprécier la monnaie de cuivre (vellon) utilisée par la population locale. C’est ce que je vous ai décrit plus tôt avec le Maravedis.

L’ascension hollandaise (XVIIe siècle)

Après l’apogée ibérique, les Pays-Bas s’imposent comme nouvelle puissance commerciale au XVIIe siècle. Le commerce maritime, la VOC (Dutch East India Company) et la fondation de la Bourse d’Amsterdam (inspirée de celle d’Anvers) érigent cette république marchande au rang de plaque tournante.
Voici un Gulden de 1722, une belle pièce en argent ainsi qu’un pièce émise par la VOC
La VOC était une compagnie extrêmement puissante pour l’époque : elle possédait sa propre armée et émettait même sa propre monnaie.
Les Hollandais inventèrent le capitalisme moderne qui à l’origine, c’est essentiellement la distribution du risque dans des entreprises risquées, comme les expéditions vers le Nouveau Monde ou la recherche de nouvelles routes commerciales. Les sociétés par actions ont permis à plusieurs investisseurs de mettre de l’argent ensemble et de partager le risque. Pour faciliter ces échanges, il a ensuite fallu créer des institutions capables de négocier et d’échanger ces titres. C’est ainsi qu’en 1602 naissent la première société par actions et la première bourse.
La monnaie hollandaise, le Gulden, gagna en crédibilité grâce à sa pureté en argent, puis grâce à son adoption par la Banque d’Amsterdam (1609), où les dépôts devinrent une forme préférée de monnaie en Europe. C’est un point très important à mentionner. Oui, bien sûr, il existait les pièces, mais ce qui constituait vraiment la monnaie à cette époque, c’était une forme de monnaie scripturale. En fait, une grande partie du commerce mondial passait par les livres de compte de la Banque d’Amsterdam. C’était une véritable avancée bancaire : les échanges marchands internationaux ne se faisaient plus nécessairement avec des pièces physiques, mais directement à travers les écritures comptables de la banque.
Cette période de prospérité s’illustra par un important afflux d’or et d’argent provenant notamment des autres pays pratiquant l’inflation ou le contrôle monétaire. Il y a d’ailleurs un personnage intéressant à mentionner. À cette époque, un certain Thomas Gresham a travaillé pour la royauté anglaise aux Pays-Bas, afin de gérer les flux monétaires entre les deux pays. C’est ce même Gresham qui nous a laissé la fameuse "loi de Gresham".
Néanmoins, l’Empire hollandais finit, lui aussi, par s’essouffler. Les guerres contre l’Angleterre, la dilution du gulden en temps de conflit, ainsi que la concurrence d’autres puissances (France et Angleterre) signèrent la fin de l’hégémonie hollandaise. Après la Quatrième Guerre anglo-néerlandaise (1780-84), le déclin du gulden comme monnaie de réserve devint irrémédiable.

La puissance française, velléités et échecs (XVIIe – XVIIIe)

La France, sous Louis XIV, devint la plus grande puissance continentale d’Europe. Pourtant, la monnaie française n’atteignit jamais le statut de référence dominante : de nombreuses dévaluations, la lourde taxation, les guerres coûteuses (guerre de la Ligue d’Augsbourg, de la Succession d’Espagne, etc.) ont pesé sur la stabilité du système monétaire.
La première grande expérience de papier-monnaie fut menée par un certain John Law (1716-1720). La Banque Générale émettant des billets adossés à des promesses de dette d’État. Ce stratagème se solda par une bulle spéculative et un effondrement (la ‘Mississippi Bubble’) en 1720. Cette catastrophe laissa la France durablement méfiante vis-à-vis de la monnaie papier. C’est cette expérience désastreuse qui mena Richard Cantillon qui lui s’est enrichi grâce à ce système d’énoncer les principes maintenant connu sous le nom d’effet Cantillon où l’impression monétaire enrichit ceux qui ont accès à la presse à billets.
Lorsque cette méfiance s’est finalement estompée, autre fiasco du papier français : les assignats révolutionnaires. Émis à partir de 1790 basés la confiscation des biens du clergé. Ces assignats connurent une hyperinflation galopante, donc c'est officiellement la première hyperinflation qui a dépassé le 50 % par mois de l'histoire. En 1795, alors que leur valeur nominale avait été multipliée, ils s'échangeaient à quelques pourcentages de leur valeur initiale.
Des lois plus restrictives voulaient imposer l'assignat, mais sans succès. Le gouvernement a essayé de l'imposer en allant jusqu'à menacer de mort ceux qui ne l'acceptaient pas et en forçant les commerçants à rester ouverts. Mais évidemment, au final, ça n'a pas fonctionné.
Comme cette monnaie papier a fait disparaître toute la bonne monnaie en métaux précieux, conformément à cette fameuse loi de Gresham, ils se sont retrouvés avec une pénurie de pièces et pour frapper des pièces, ils ont utilisé le métal de cloche saisi au clergé. Voici une belle pièce de métal de cloche frappée à partir de ce cuivre récupéré, en faisant fondre les pièces saisies au clergé.

La domination britannique (XVIIIe – début XXe siècle)

L’Angleterre, après avoir dépassé les Pays-Bas, s’imposa comme puissance dominante au XVIIIe siècle. La livre sterling est la plus ancienne monnaie encore en usage, liée à l’origine à une livre d’argent. Graduellement, son statut s’affermit, soutenu par une révolution financière et fiscale : la monarchie parlementaire, la forte capacité à lever l’impôt et la création de la Banque d’Angleterre en 1694.
Au fil des guerres contre la France, le Royaume-Uni sortit vainqueur en 1815 (Waterloo), ce qui confirma sa suprématie. Durant le XIXe siècle, la livre sterling agit comme monnaie de réserve mondiale. À son apogée, avec seulement 2,5% de la population mondiale, la Grande-Bretagne produisit 20% du revenu global et contrôlait près du quart de la surface terrestre.
La Révolution industrielle et l’adoption d’un Gold Standard (1717 ou 1718, sous la supervision d’Isaac Newton au Royal Mint) renforcèrent la crédibilité de la livre. La Banque d’Angleterre adopta un étalon or à 4,25 livres par once d’or, permettant aux détenteurs de billets de les convertir en or.
Cependant, la Première Guerre mondiale (1914-1918) mit fin à ce système. En quelques semaines, toutes les grandes puissances belligérantes suspendirent la convertibilité or. L’empire britannique, puis la livre, sortirent exsangues de la Seconde Guerre mondiale, cédant la place au dollar américain au XXe siècle.
Et comme artefact, ici, j'ai des belles pièces intéressantes. En fait, ce sont des poids monétaires. Celui-là, c'est le souverain. Donc, les premières représentations de la livre, c'est des souverains. Je possède seulement des poids monétaire pour représenter ces pièces parce que je n'ai pas les moyens d'acheter un vrai souverain. Donc, pour les peser, on avait la balance, puis on mettait le poids monétaire de l'équivalent du souverain.
Et ça, les souverains, c'était une pièce monétaire qui est une pièce d'or qui valait un livre à l'origine. Et précédant ce fameux souverain, on retrouvait la Guinée, le même principe, une pièce de monnaie. Le Guinée était nommé ainsi parce que l'origine des métaux précieux qu'il contenait venait de ce pays, la Guinée.