- La séduction du collectivisme
- Les racines socialistes du nazisme
Alarmé par la montée de l'interventionnisme des gouvernements dans les économies des démocraties occidentales, Hayek écrit La Route de la Servitude (The Road to Serfdom), comme une critique philosophique des collectivismes, qu’ils soient de droite ou de gauche. Tiré à plusieurs millions d’exemplaires, grâce au Reader’s Digest, ce livre a largement contribué à la notoriété de Hayek aux États-Unis.
La séduction du collectivisme
Rédigé entre 1940 et 1943, ce petit essai entend dresser un premier bilan des expériences dirigistes tentées dans la seconde moitié des années 1930 : les nationalisations et la gestion keynésienne de la demande qui s'est emparée de l'Europe sociale-démocrate et de l’Amérique du New Deal. Dédié aux « socialistes de tous les partis », il entend démontrer que « l’Occident a progressivement abandonné le principe de la liberté économique sans lequel aucune liberté individuelle ou politique n’a par le passé été possible ».
On retrouve en effet partout à l’œuvre le même processus de centralisation politique et la même volonté de substituer une organisation dirigiste aux mécanismes traditionnels du marché. En Grande Bretagne comme aux États-Unis, on affirme que la puissance publique doit tout planifier et peut tout résoudre.
Quant au libéralisme authentique, il est soucieux de la justice. Mais Hayek rappelle qu’il appartient à la société civile, et non à l’État, d’organiser cette solidarité. Ce qui différencie le libéralisme et le socialisme, ce ne sont pas les fins, ce sont les moyens. Selon Hayek :
Le libéralisme veut qu'on fasse le meilleur usage possible des forces de la concurrence en tant que moyen de coordonner les efforts humains ; il ne veut pas qu'on laisse les choses en l'état où elles sont.
C’est pourquoi, ajoute Hayek, l'État a un domaine d'activité incontestable :
Créer les conditions dans lesquelles la concurrence sera la plus efficace possible, la remplacer là où elle ne peut être efficace, fournir les services qui sont d'une nature telle que le profit, selon la formule de Smith, ne saurait en rembourser le coût à aucun groupe.
À l'inverse, la planification de l’économie et de la société en général, essence du socialisme, est dirigée contre la concurrence en tant que telle. Or, selon Hayek, il y a une incompatibilité entre les fins du socialisme (justice sociale, égalité et sécurité) et les moyens prévus par le socialisme pour y parvenir (abolition de la propriété privée, collectivisation des moyens de production, économie planifiée).
Les racines socialistes du nazisme
Dès les premières pages, Hayek établit un parallèle entre le triomphe des idéaux socialistes en Occident et le succès concomitant des utopies totalitaires.
Peu de gens, prévient-il dans sa préface, sont prêts à reconnaître que l’ascension du fascisme et du nazisme a été non pas une réaction contre les tendances […] de la période antérieure, mais un résultat inévitable de ces tendances. C’est une chose que la plupart des gens ont refusé de voir, même au moment où l’on s’est rendu compte de la ressemblance qu’offraient certains traits négatifs des régimes intérieurs de la Russie communiste et de l’Allemagne nazie. Le résultat en est que bien des gens qui se considèrent très au-dessus des aberrations du nazisme et qui en haïssent très sincèrement toutes les manifestations, travaillent en même temps pour des idéaux dont la réalisation mènerait tout droit à cette tyrannie abhorrée.
Selon Hayek, socialisme et nazisme partagent un certain nombre de points communs fondamentaux, en particulier le rejet de l'individualisme et de l'ordre spontané du marché. Les deux idéologies privilégient le bien-être du groupe sur les droits et libertés des individus et cherchent à créer une société homogène unie par des valeurs et des objectifs communs. Ni les socialistes ni les nazis n'hésitent à utiliser la force et la coercition pour atteindre leurs objectifs. Ils sont prêts à supprimer les libertés individuelles et à réprimer la dissidence au nom de l'intérêt supérieur de la société.
Dans le chapitre intitulé « Les racines socialistes du nazisme », Hayek rappelle que le nazisme revendique la planification socialiste (d’où son nom, national-socialisme) de l’économie comme moyen d’instaurer un contrôle total de la population.
Les socialistes allemands et italiens n’ont fait que préparer la voie au nazisme en mettant en place des partis politiques qui dirigeaient toutes les activités de l’individu, de sa naissance à sa mort, qui lui dictaient ses opinions sur chaque chose. Ce ne sont pas les fascistes mais les socialistes qui ont commencé à enrégimenter les enfants dans des organisations politiques, à contrôler leur vie privée et leur pensée.
Les nazis n’ont fait que récupérer le discours étatiste, dirigiste et interventionniste déjà popularisé par les marxistes. De nombreux dirigeants fascistes, comme Mussolini en Italie, Laval en France et Oswald Mosley en Grande-Bretagne, avaient commencé leur carrière politique en tant que militants de gauche avant de se convertir au fascisme ou à l’hitlérisme, par proximité idéologique.
Hayek appelle en conclusion ses contemporains à tourner le dos aux « folies » et à « l’obscurantisme contemporain » pour débarrasser l’humanité des « erreurs qui ont dominé notre vie dans un passé récent ». Selon lui, la meilleure garantie de la liberté est la propriété privée. Quand tous les moyens de production sont concentrés dans les mains de quelques organisateurs, nous sommes soumis à un pouvoir total car ce pouvoir économique devient un instrument politique de contrôle sur notre vie entière.
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