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Les origines de la liberté : le Moyen Âge

L’affirmation de la liberté humaine

Une histoire philosophique de la liberté

L’affirmation de la liberté humaine

  • La liberté est impliquée dans l’idée de péché
  • Dieu ne fait pas le bien à notre place
L’idée chrétienne de la liberté s’est développée dans la théologie médiévale de Saint Augustin au IVᵉ siècle, à Saint Thomas d’Aquin au XIIIᵉ siècle. Quelle est cette idée ?

La liberté est impliquée dans l’idée de péché

D'emblée, le christianisme enseigne que le péché est une affaire personnelle, qu'il n'est pas inhérent au groupe, mais que chaque individu doit avoir la responsabilité de son propre salut. « Dieu a conféré à sa créature, avec le libre arbitre, la capacité de mal agir, et par-là même, la responsabilité du péché », affirme Saint Augustin dans son traité sur le libre arbitre De Libero Arbitrio.
Pas de péché sans liberté. Certes, le Dieu chrétien est un juge qui récompense la « vertu » et punit le « péché ». Mais cette conception de Dieu est justement incompatible avec le fatalisme, car l’homme ne pourrait pas être coupable et faire son mea culpa s’il n’était pas d’abord libre de déterminer lui-même son comportement. Reconnaître sa faute morale, sa culpabilité, c’est reconnaître qu’on aurait pu agir autrement.
D’où vient que nous agissons mal ? demande Saint Augustin. Si je ne me trompe, l’argumentation a montré que nous agissons ainsi par le libre arbitre de la volonté. Mais ce libre arbitre auquel nous devons notre faculté de pécher, nous en sommes convaincus, je me demande si celui qui nous a créés a bien fait de nous le donner. Il semble, en effet, que nous n’aurions pas été exposés à pécher si nous en avions été privés ; mais il est à craindre que, de cette façon, Dieu aussi passe pour l’auteur de nos mauvaises actions. (De libero arbitrio, I, 16, 35.)
Si Dieu a voulu que l’homme puisse agir mal, n’est-il pas alors indirectement responsable du mal ? Pourquoi Dieu a-t-il voulu la possibilité du mal ? Saint Augustin répond :
La volonté libre sans laquelle personne ne peut bien vivre, tu dois reconnaître et qu’elle est un bien, et qu’elle est un don de Dieu, et qu’il faut condamner ceux qui mésusent de ce bien plutôt que de dire de celui qui l’a donné qu’il n’aurait pas dû le donner.
La réponse de Saint Augustin au problème consiste à dire que Dieu est responsable de la possibilité du mal mais non de sa réalisation. Il veut la possibilité du mal car cette possibilité est nécessaire à la liberté sans laquelle il n’y a pas de responsabilité, c’est-à-dire d’accès à la dignité de la vie morale.
Mais la réalisation du mal moral est l’œuvre de l’homme, qui fait un mauvais usage de sa liberté et non de Dieu qui veut que l’homme choisisse le bien.
En résumé, la liberté est un bien car elle permet de s’ordonner au bien et à Dieu qui est le bien absolu mais elle implique nécessairement et simultanément la possibilité de choisir le mal et de rejeter Dieu.

Dieu ne fait pas le bien à notre place

Dans la théologie médiévale, la providence n'est pas une intervention permanente de Dieu dans la vie des hommes, comme si Dieu agissait à notre place et sans notre consentement. Au contraire, Dieu donne à chaque créature, selon sa nature, des facultés lui permettant de subvenir elle-même à ses besoins et atteindre ainsi son plein développement. Dieu ne fait pas le bien de la créature à sa place.
Et plus on s'élève dans l'échelle des êtres, du minéral à l'homme, plus Dieu délègue à sa créature le pouvoir d’agir elle-même. Il confie à l'homme la liberté de se gouverner lui-même et de gouverner le monde avec sa raison, selon la vertu de prudence.
Ainsi, Saint Thomas écrit (Somme contre les Gentils, III, 69 et 122) :
Retirer à la perfection des créatures, c'est retirer à la perfection du pouvoir divin (...) Dieu n'est offensé par nous que du fait que nous agissons contre notre propre bien.
La Providence nous donne donc les moyens d'être à nous-mêmes notre propre providence. Et il ajoute :
Un homme peut diriger et gouverner ses actions. Par consé­quent la créature rationnelle participe de la divine providence non seulement en étant gouverné mais également en gouver­nant.
Pour que l’homme fasse le meilleur usage possible de sa liberté, Dieu lui donne un outil qui est sa raison et un mode d’emploi pour l’éclairer qui est la loi naturelle.
La loi naturelle s’exprime en nous par des inclinations telles que l’amour de la vérité, l’obéissance à la raison ou la fameuse règle d’or : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas subir ». Ces inclinations sont selon lui innées. En effet, écrit Saint Thomas : « il faut considérer que le juste naturel est ce vers quoi la nature de l'homme l'incline ».
Toutefois, cette lumière intérieure ne suffit pas pour bien agir. L’élaboration de normes concrètes d’action et leur application à des situations particulières est nécessaire. Il revient alors aux juristes de définir ces normes, en accord avec la loi naturelle : ce sont les lois humaines. Mais la loi naturelle est supérieure à la loi humaine et elle s’impose universellement, y compris aux Princes.
Selon Saint Thomas :
Par la connaissance de la loi naturelle, l'homme accède directement à l'ordre commun de la raison, avant et au-dessus de l'ordre politique auquel il appartient en tant que citoyen d'une société particulière.
Il existe donc un droit antérieur à la formation de l'État, un ensemble de principes généraux que la raison peut énoncer en étudiant la nature de l'homme telle que Dieu l'a créée. Ce droit s'impose au monarque, au pouvoir, qui doit dès lors le respecter. Et les lois édictées par l'autorité politique n’ont force obligatoire que selon leur conformité au droit naturel.
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