- Les définitions de l’inflation
- Comprendre le Phénomène Monétaire
- Étude des Époques de Dévaluation Monétaire
- Les US changent l'histoire.
- Dernier exemple pour la route: le Swiss Dinar
Les définitions de l’inflation
L'inflation est un concept souvent mal interprété en raison des multiples définitions qui lui sont associées. La perception de l'inflation varie entre différents groupes comme les bitcoiners et les économistes traditionnels. Clarifions d'abord les définitions avant d'aborder l'hyperinflation :
-
Définition du Robert : L'inflation est un accroissement excessif des instruments de paiement (billets de banque, capitaux) provoquant une hausse des prix et une dépréciation de la monnaie.
-
Définition du Larousse : L'inflation est un phénomène caractérisé par une hausse généralisée et continue du niveau des prix. Ici, le mot "généralisée" est crucial.
À la lumière de ces définitions, il est essentiel de comprendre que, pour le Robert, l'inflation concerne principalement l'augmentation de la masse monétaire. En revanche, le Larousse se concentre sur les conséquences de cette expansion, à savoir la hausse généralisée des prix.
Au cours de notre étude sur l'hyperinflation, nous adopterons la seconde définition, celle de la hausse généralisée des prix, car elle est plus pertinente et claire pour notre sujet. Toutefois, il est crucial de se rappeler que cette hausse des prix est généralement le résultat de l'expansion de la masse monétaire.
L'économiste renommé Milton Friedman a célèbrement déclaré :
"L'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire."
Cette affirmation souligne la relation intrinsèque entre l'expansion monétaire et l'inflation. Dans les prochaines sections, nous explorerons les interactions entre l'inflation et la croissance économique, en nous appuyant sur ces définitions fondamentales.
Comprendre le Phénomène Monétaire
Quand on évoque le phénomène monétaire, on fait référence à la manière dont la masse monétaire d'une économie est influencée. Milton Friedman y voyait essentiellement un accroissement de cette masse. Il y a historiquement deux principales méthodes pour augmenter la masse monétaire :
-
Impression Monétaire: Dans les systèmes monétaires traditionnels, l'accroissement de la masse monétaire était réalisé en imprimant physiquement de nouveaux billets. Bien que, de nos jours, avec la prédominance de la monnaie numérique, cette impression soit principalement électronique (à travers les bases de données des banques centrales et autres institutions financières), l'histoire nous montre des périodes où la littérale impression de billets a engendré de l'hyperinflation.
-
Réduction du contenu métallique : Une autre méthode consistait à réduire la quantité de métal précieux dans les monnaies basées sur des métaux tels que l'argent ou l'or. Un exemple frappant se trouve dans l'Empire romain, où le denarius, initialement composé presque entièrement d'argent, a vu sa teneur en argent drastiquement diminuée au fil du temps. Cela équivalait à une forme d'inflation, mais pas nécessairement à une hyperinflation.
Il est crucial de souligner qu'il est possible d'observer de l'hyperinflation principalement avec des monnaies fiduciaires déconnectées de leurs actifs sous-jacents, comme les métaux précieux. Historiquement, lorsqu'une monnaie était basée sur de tels actifs, il y avait des épisodes d'inflation (par exemple, par dévaluation du contenu métallique), mais ces épisodes n'atteignaient jamais les niveaux extrêmes d'hyperinflation. Dans les sections suivantes, nous étudierons en détail les périodes d'évaluation monétaire et les implications de ces différents systèmes monétaires sur l'inflation.
Étude des Époques de Dévaluation Monétaire
Au fil de l'histoire, diverses civilisations ont connu des périodes de dévaluation monétaire. Certaines de ces périodes coïncident avec des événements majeurs ou des guerres qui ont exercé une pression sur l'économie.
1. Guerre du Péloponnèse et Deuxième Guerre Punique:
La guerre du Péloponnèse, un conflit entre Athènes et Sparte, et la Deuxième Guerre Punique, opposant la République romaine à Carthage, sont les premiers exemples de dévaluation monétaire que l'on retrouve dans les archives. Pour financer ces guerres, ces civilisations ont dévalué leurs monnaies en métaux précieux. Elles ont pris des pièces composées majoritairement d'argent et y ont incorporé d'autres métaux pour réduire la teneur en argent, tout en augmentant le nombre de pièces produites.
Gravure représentant le massacre des Athéniens sur les rives de l'Assinaros.
2. Rome Antique durant l'Empire:
Après l'ère de la République Romaine, durant l'Empire, les 3ᵉ et 4ᵉ siècles ont connu une dévaluation monétaire notable. C'est illustré par la diminution de la teneur en argent des pièces, comme nous l'avons vu dans le graphique précédent. Une étude montre que le prix du blé en Égypte, mesuré en drachma, a grimpé d'un facteur d'un million sur une période d'environ 300 ans, allant de 40 à 360 après Jésus-Christ. Sur cette durée, cela représente une inflation annuelle moyenne d'environ 4,4%. Cependant, cette inflation n'était pas répartie uniformément. Elle a véritablement débuté autour de 238 après Jésus-Christ. De 250 à 293 après Jésus-Christ, le taux d'inflation était d'environ 3,65 %, et il est passé à 22,28% entre 293 et 301 après Jésus-Christ.
Bien que ces périodes aient connu une inflation significative, elles n'ont pas atteint les niveaux d'hyperinflation que nous pouvons observer dans certaines situations modernes. La raison en est que, même si la monnaie était dévaluée, elle était toujours basée sur des métaux précieux. Le fait qu'il fallait frapper les pièces a offert une certaine protection contre les niveaux extrêmes d'inflation. Dans les sections suivantes, nous explorerons plus en détail la nature et les conséquences de l'hyperinflation.
-
Le Denarius de Marque Aurel (160 après Jésus-Christ): L'une des pièces les plus emblématiques de la Rome antique est le denarius, une monnaie en argent. Je possède une pièce spécifique de Marque Aurel datant de 160 après Jésus-Christ, avant la majorité de la dévaluation. Bien que la caméra puisse avoir du mal à saisir les détails fins, à l'œil nu, on peut voir que c'est une belle pièce en argent, reflétant une teneur en argent relativement élevée.
-
L'Antononianus (fin du 3ᵉ siècle après Jésus-Christ): Avec la dévaluation monétaire, une nouvelle monnaie, l'Antononianus, a fait son apparition. Cette monnaie était censée valoir deux deniers, mais contenait beaucoup moins d'argent. Ma pièce d'Antononianus montre clairement que la teneur en argent a été considérablement réduite. Elle est ornée d'une couronne, typique des monnaies romaines de cette époque, appelée "radiates". En comparant la couleur et la qualité, on voit que l'Antononianus est loin d'être une pièce en argent pur.
En comparant les deux pièces côte à côte, la différence est flagrante. Le denarius de 160 après Jésus-Christ a une apparence argentée distincte, alors que l'Antononianus de la fin du 3ᵉ siècle après Jésus-Christ est bien plus terne, indiquant une diminution significative de la teneur en argent. Cette comparaison visuelle offre une illustration claire de la dévaluation monétaire que la Rome antique a subie en quelques siècles.
Pour compléter cette démonstration, un graphique illustrant la dévaluation de ces pièces au fil du temps serait idéal. Bien que difficile à visualiser à travers cette plateforme, imaginez un graphique montrant la valeur du denarius, puis sa chute vers la fin du 2ᵉ siècle, remplacé par l'Antononianus supposé valoir deux deniers mais avec une teneur en argent bien moindre. Ces artefacts sont des témoins silencieux des fluctuations économiques de civilisations passées.
3. Le Maravédis Espagnol : Témoin d'une Dévaluation Ciblée
Le Maravédis, en tant que monnaie de cuivre, occupe une place particulière dans l'histoire de la monnaie espagnole. Comme évoqué précédemment, le dollar espagnol était à l'origine le standard international, une monnaie de réserve essentielle pour l'Espagne. Toutefois, face à certains défis économiques, l'Espagne a dû recourir à des stratégies monétaires astucieuses.
La dévaluation monétaire est un outil souvent utilisé par les États pour financer leurs dépenses ou stimuler l'économie. Cependant, l'Espagne se trouvait dans une situation délicate. Diluer le dollar espagnol aurait compromis sa position dans le commerce international. Pour surmonter ce dilemme, l'Espagne s'est tournée vers le Maravédis.
Contrairement au précieux dollar espagnol en argent, le Maravédis était une monnaie de cuivre utilisée principalement au sein de la population locale. Cette monnaie a été ciblée pour la dévaluation. Lorsqu'une pièce de Maravédis était initialement valable pour deux maravedises, l'État la récupérait, la retamponnait avec une nouvelle valeur, par exemple "quatre", et ne retournait qu'une seule pièce au propriétaire. La pièce mentionnée avec le tampon "huit" est un témoignage de ce processus, ayant subi plusieurs cycles de dévaluation.
Cette stratégie a permis à l'État de dévaluer efficacement une monnaie, créant ainsi de l'inflation et se finançant indirectement, tout en préservant l'intégrité du dollar espagnol sur la scène internationale. Cependant, cette dévaluation ciblée a eu des conséquences pour la population locale, qui a vu la valeur de leur monnaie courante diluée.
Le cas du Maravédis illustre comment un État peut dévaluer sélectivement une monnaie locale pour répondre à ses besoins économiques internes, tout en préservant la valeur d'une monnaie de réserve sur la scène mondiale. C'est un exemple frappant de la complexité et de la finesse de la politique monétaire dans l'histoire.
4. Révolution des prix du 15ᵉ au 17ᵉ siècle
Entre le 15ᵉ et le 17ᵉ siècle, l'Europe a été témoin d'un phénomène économique remarquable, souvent décrit comme la "révolution des prix". Cette période d'inflation a été en grande partie déclenchée par un afflux massif de métaux précieux, notamment l'or et l'argent, provenant des Amériques. Avec une économie européenne alors largement basée sur l'étalon métallique, cet apport supplémentaire de métaux a augmenté la masse monétaire. En conséquence, une inflation d'environ 1 à 2 % par an s'est manifestée. À première vue, cette inflation pourrait sembler modeste. Toutefois, à cette époque, une telle fluctuation des prix était suffisamment inhabituelle pour être considérée comme une "révolution". Cela met en évidence à quel point des changements dans les réserves monétaires peuvent influencer le système économique dans son ensemble.
5. John Law et les assignats
Au 18ᵉ siècle, l'histoire économique française a été marquée par deux événements significatifs liés à la monnaie. Tout d'abord, John Law, un économiste et financier écossais, a persuadé le gouvernement français d'adopter un système monétaire basé sur la monnaie papier. Bien qu'initialement considérée comme une solution innovante aux problèmes financiers du pays, cette initiative a rapidement conduit à une inflation galopante. Puis, peu de temps après, lors des tumultes de la Révolution française, le gouvernement a introduit les "assignats".
Assignats de 1793
Ces billets sont un témoignage vivant de la première grande période d'hyperinflation de l'histoire. Initialement conçus comme une réponse aux crises financières successives, les assignats sont rapidement devenus un symbole de l'instabilité monétaire. Le gouvernement, en s'appuyant excessivement sur cette monnaie papier pour financer ses dépenses, a engendré une crise économique sans précédent et a créé une grande période d'hyperinflation en France après la révolution.
6. L'Ordre exécutif 6102 et la Dévaluation du Dollar
Aux États-Unis, le début des années 1930 a été témoin d'une évolution majeure dans la politique monétaire. Voici un aperçu détaillé de cette transformation:
- Le Billet de 20 dollars de 1928
En 1928, un billet de 20 dollars américains portait la mention : « redeemable in gold on demand » (échangeable en or à la demande). Cela signifie que chaque billet était littéralement convertible en or. Plus précisément, un billet de 20,67 dollars équivalait à une once d'or.
- L'Ordre exécutif 6102
En 1933, un bouleversement majeur a eu lieu avec l'émission de l'ordre exécutif 6102. Ce décret a rendu illégal la possession d'or pour les citoyens, qu'il s'agisse de lingots, de pièces ou de certificats.
Le Gold Certificate (Certificat d'Or) est un bon exemple. Il était marqué : « In gold coin payable to the bearer on demand » (en pièces d'or payables au porteur sur demande). Posséder un tel certificat est devenu illégal et est resté ainsi jusqu'en 1964.
- L'Introduction des Nouveaux Billets
Suite à la saisie de l'or, en 1934, une nouvelle série de billets a été mise en circulation.
La mention indiquant leur convertibilité en or a été supprimée et remplacée par « This note is legal tender for all debt » (Ce billet est une monnaie légale pour toutes dettes).
- Réévaluation de l'Or
Ce qui est fascinant dans cette transition, c'est la stratégie du gouvernement. En 1934, le prix de l'or a été réévalué à 35 dollars l'once, au lieu de 20,67 dollars. En essence, le gouvernement a dévalué le dollar que les gens possédaient. En achetant l'or de la population à 20,67 dollars l'once en 1933, puis en revalorisant le prix de l'or en 1934, le gouvernement a réalisé un profit substantiel, tout en dévaluant les économies de ses citoyens.
En résumé, en l'espace d'une année, le gouvernement a effectivement saisi l'or des citoyens, puis a changé les règles du jeu, réévaluant la valeur de l'or pour profiter au trésor public et désavantager ceux qui avaient initialement échangé leur or contre des billets.
Les US changent l'histoire.
Les États-Unis ont marqué un tournant historique en devenant les premiers à dévaluer la monnaie de réserve mondiale, le dollar américain, contrairement aux pratiques antérieures observées chez les petites nations commerçantes.
Auparavant, durant la Renaissance, le florin italien émis par Florence au XIIIᵉsiècle était la monnaie de réserve internationale, et aucune dévaluation n'avait été enregistrée durant sa période d'usage, reflétant l'importance de la stabilité monétaire pour le commerce international.
Dans le même esprit, l'Espagne et les Pays-Bas, en tant que détenteurs de la monnaie de réserve mondiale grâce à leur commerce international florissant, maintenaient l'intégrité de leur monnaie pour préserver la confiance et le statu quo dans les échanges internationaux. Les Pays-Bas ont même été le théâtre de la création de la première banque centrale, un jalon crucial dans l'évolution monétaire globale.
Cependant, la situation a évolué avec l'ascension des États-Unis en tant que puissance économique dominante. Ils ont choisi de dévaluer leur monnaie de réserve, exploitant ainsi l'inflation à leur avantage. Cette décision est souvent attribuée à la dynamique changée, où le choix de la monnaie de réserve n'était plus aussi libre qu'auparavant. L'hégémonie américaine a établi le dollar comme la monnaie de réserve mondiale, permettant ainsi une manipulation de sa valeur. Ce changement de cap révèle l'impact potentiel des politiques monétaires sur le commerce international dans une économie mondialisée, marquant une transition significative dans la gestion des monnaies de réserve mondiales.
Dernier exemple pour la route: le Swiss Dinar
Le Swiss Dinar illustre une autre facette fascinante de la dévaluation monétaire, ancrée cette fois dans le contexte irakien pré-guerres du Golfe. Appelée ainsi en référence à la qualité notable de ses billets, cette monnaie était émise par la Banque centrale irakienne et jouissait d'une réputation de stabilité dans la région du Moyen-Orient. Cette confiance était notamment due à la qualité d'impression des billets, effectuée en Angleterre, insinuant une certaine robustesse face à la contrefaçon.
Cependant, les guerres du Golfe marquèrent un tournant dans l'histoire du Swiss Dinar. L'Irak, ne pouvant plus faire appel à son fournisseur anglais pour l'impression de ses billets, se tourna vers la Chine. Cette transition entraîna une nette différence dans la qualité des billets, la version chinoise étant perçue comme inférieure. Cette perception n'était pas sans fondement ; les billets chinois étaient plus facilement falsifiables et susceptibles d'être surimprimés par le gouvernement, menaçant ainsi leur valeur.
Un phénomène distinctif émergea dans l'économie irakienne post-guerre du Golfe : le système de double prix. Les commerçants proposaient des prix différents selon le type de billet utilisé pour le paiement, favorisant le Swiss Dinar original au détriment du billet chinois. Ce système reflétait la confiance maintenue envers les billets de meilleure qualité, moins susceptibles de dévaluation, même dans un contexte où la valeur était principalement imposée par l'État. Cet épisode démontre l'importance des caractéristiques intrinsèques de la monnaie et comment, même dans un régime de monnaie fiat, la qualité perçue d'une monnaie peut influencer sa valeur relative et, par extension, la confiance des acteurs économiques.
Oui, on pesait vraiment les pieces !
La perception commune associe souvent la monnaie à une création étatique, son émission et sa valeur étant régulées par l'État. Ce concept trouve ses racines dans des civilisations antiques telles que Rome, où les pièces étaient standardisées et estampillées par l'Empire, conférant ainsi une valeur officielle aux monnaies. Cependant, une exploration plus approfondie révèle que la valeur intrinsèque de la monnaie était principalement dérivée de son contenu en métal précieux.
Un exemple concret est illustré à travers l'examen d'un poids monétaire équivalent à huit réales espagnoles, ou un dollar espagnol. Ce poids, marqué d'un chiffre romain indiquant sa valeur, servait aux changeurs de monnaie pour évaluer la valeur des pièces en fonction de leur poids et non simplement de leur estampillage. En pesant les pièces, les changeurs pouvaient déterminer si elles avaient été altérées ou endommagées, ce qui aurait pu réduire leur valeur. Cette pratique met en lumière que, bien que l'estampillage standardisé par l'État conférait une certaine valeur nominale à la monnaie, la véritable valeur résidait dans le poids du métal précieux qu'elle contenait.
Cette analyse démontre que la confiance en la monnaie, et par extension sa valeur, était ancrée dans sa substance tangible plutôt que dans la simple affirmation de l'État. Elle souligne la dualité entre la valeur nominale imposée par l'État et la valeur intrinsèque dictée par le contenu en métal précieux. Ainsi, la monnaie va bien au-delà d'un simple instrument étatique, sa valeur fondamentale étant intrinsèquement liée à des éléments tangibles et mesurables.
Conclusion
En concluant, cette étude sur la dévaluation monétaire ouvre la porte à une compréhension approfondie des mécanismes d'inflation, qui seront explorés dans les vidéos suivantes. Nous discuterons des différents types d'inflation et du seuil où ils basculent vers une haute ou hyperinflation. Cette base solide nous permettra d'aborder les complexités de l'inflation dans les sessions à venir. Merci pour votre attention, et rendez-vous dans la prochaine vidéo pour poursuivre cette exploration des dynamiques monétaires.
Quiz
Quiz1/5
eco2042.1
Quelle est la définition de l'inflation selon Robert ?