Auteur de l’Essai sur la nature du commerce en général (écrit vers 1730, et publié en 1755), Richard Cantillon est considéré comme l’un des pionniers de la science économique moderne. Dans son Histoire de la pensée économique, l’économie Murray Rothbard qualifiera Cantillon de fondateur de la science économique moderne.
Né en Irlande, Richard Cantillon s’installe à Paris dès sa jeunesse et acquiert la nationalité française. Il travaille comme banquier et fait fortune lors de l’époque du système de John Law.
C’est à cette occasion, aussi, qu’il se met à la théorie économique.
Vers 1730, Cantillon compose son Essai sur la nature du commerce en général.
Ce livre peut être interprété comme étant l’une des premières tentatives de théorie générale de l’économie. Cantillon a soin de dégager ce qu’il convient d’appeler des "lois générales de l’économie", celles qui sont dans la nature des choses, et non dans les faits particuliers de tel ou tel pays. Une telle démarche est révolutionnaire.
On peut résumer à cinq domaines les grands mérites de l’Essai de Cantillon : la théorie de la richesse, la notion de l’entrepreneur, la critique des monnaies sans valeur, les "effets Cantillon", et enfin la défense de la liberté.
Premier point, la théorie de la richesse. Contrairement au mercantilisme, dominant en son temps, Cantillon fonde son analyse sur la reconnaissance du fait que les produits propres à la jouissance de l’homme forment la richesse. Cette richesse provient de la nature et en est tirée par le travail de l’homme. Son analyse de la nature des richesses a très fortement influencé Beccaria et Adam Smith, et à travers ce dernier toute l’école classique anglaise.
Deuxième point, Cantillon voit dans l’entrepreneur, bien que défini peu précisément, l’acteur principal et comme central de l’activité économique. Chez Cantillon, ce qui caractérise l’entrepreneur, c’est qu’il est un preneur de risque, c’est qu'il agit dans l’incertitude. Par ces idées sur l’entrepreneur, Cantillon a initié une tendance qui s’épanouira avec Turgot, et plus encore avec Say, pour enfin reconnaître à l’entrepreneur une place à part dans l’économie, contrairement cette fois-ci aux affirmations de l’école anglaise.
Troisième point, la monnaie. En réaction à l’expérience de John Law, Cantillon nous explique ce qui arrive ou ce qui doit arriver lorsque la monnaie est sans valeur réelle.
Il voit deux principales conséquences de la substitution d’une monnaie sans valeur réelle comme le papier-monnaie à une monnaie métallique. La première conséquence, c’est ce qu’il appelle le "rejet par les peuples", et qui signifie une défiance croissante envers la monnaie sans valeur. La seconde conséquence, c’est l’inflation. L’affaiblissement monétaire enchérit les marchandises.
Dans son analyse de l’inflation, Cantillon va plus loin que ses contemporains, et c’est notre quatrième point. Observateur de la faillite du système de Law, Cantillon avait pu se convaincre du fait que les effets de l’inflation monétaire étaient loin d’être uniformes : tandis qu’elle enrichissait les uns, elle appauvrissait les autres. Il en conclut que l’inflation ne touche pas chacun uniformément : selon les canaux de transmission que la nouvelle monnaie emprunte, l’inflation a un effet redistributif. Ceux qui bénéficient le plus tôt de cette nouvelle monnaie profitent d’un pouvoir d’achat supplémentaire, tandis que les derniers utilisateurs, confrontés à l’inflation qui s’est installé peu à peu, s’appauvrissent par l’émission monétaire nouvelle.
Enfin, cinquième point. Malgré quelques restes de mercantilisme, Cantillon a une démarche pleinement libérale. Il défend la propriété privée comme base fondamentale de la civilisation, en expliquant qu’aucune société n’est possible sans cette propriété privée des terres et des produits du travail. Cantillon décrit aussi comme naturelle et légitime l’inégalité matérielle entre les hommes. Selon lui, il n’y a rien de choquant à ce qu’un travailleur efficace et courageux, ou exceptionnellement doué, parvienne à gagner davantage qu’un incompétent ou un fainéant. Enfin Cantillon veut que les prix se déterminent toujours librement, par le jeu de l’offre et de la demande, sans intervention de la puissance publique.
Parmi ces cinq grandes idées de son Essai, la plus importante est certainement celle à laquelle on a donné son nom : les effets Cantillon. Avec cette théorie des effets de l’inflation, Cantillon nous apporte des réponses à quelques maux contemporains. Il permet en outre de comprendre les conséquences des récentes politiques monétaires expansionnistes et inflationnistes, qui ont appauvri les classes moyennes et le monde rural, et enrichi principalement les opérateurs des marchés financiers ainsi que l’État, ses agences et ses fonctionnaires, du fait de leur proximité conjointe à la source de l’émission nouvelle : la banque centrale et les banques commerciales.
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Bien que Richard Cantillon a acquis la nationalité française en 1708, de quelle origine était-il ?