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Du clic au terminal : maîtriser Linux

Premiers pas sur Ubuntu : tout ce qu’il faut savoir

Améliorer sa sécurité numérique personnelle

Premiers pas sur Ubuntu : tout ce qu’il faut savoir

  • Installation de la distribution Ubuntu
  • Configuration initiale du système
  • Premiers pas en ligne de commande
  • Gestion des paquets : APT, Snap et Flatpak
  • Maintenance et mises à jour
  • Pare-feu et durcissement réseau
  • Connexion Internet et gestion réseau
  • Installer les applications essentielles
Ubuntu constitue aujourd’hui l’une des portes d’entrée les plus accessibles vers GNU/Linux : environnement GNOME soigné, dépôts très fournis, mises à jour de sécurité réactives et grosse communauté. C'est pourquoi j'ai choisi de présenter cette distribution.
Maîtriser son installation de bureau demande cependant de comprendre les mécanismes fondamentaux du système : gestion de paquets, ligne de commande, sécurité de base et bonnes pratiques quotidiennes. Dans ce chapitre, je vous accompagne pas à pas, de la configuration initiale jusqu’à l’installation d’outils de productivité et de développement, afin de disposer d’un poste de travail complet, sécurisé et efficace.

Installation de la distribution Ubuntu

Avant de pouvoir utiliser Ubuntu, il faut l’installer sur votre machine. Cette étape peut sembler intimidante quand on ne l'a jamais fait, mais elle est de nos jours très facile à réaliser.
Plusieurs scénarios sont possibles selon l’état de votre ordinateur actuel :
  • Si vous avez un ordinateur avec Windows préinstallé, vous pouvez soit installer Ubuntu à côté de Windows (en "dual boot"), soit remplacer entièrement votre système actuel. Si vous optez pour l’option dual boot, vous pourrez sélectionner le système d’exploitation à lancer à chaque démarrage de votre machine. Cette solution est à privilégier si vous souhaitez simplement tester Ubuntu tout en conservant un accès à Windows ;
  • Si vous avez une machine neuve sans système d’exploitation, vous pouvez installer directement Ubuntu comme système principal.
Dans tous les cas, le processus d'installation suit les mêmes principes techniques que nous allons découvrir.

Télécharger Ubuntu

Le fichier d’installation d’Ubuntu se présente sous la forme d’une image ISO, un fichier contenant tout le nécessaire pour démarrer et installer le système. Pour le récupérer, rendez-vous sur le site officiel.
Il existe 2 version d'Ubuntu Desktop :
  • LTS (Long Term Support) ;
  • Latest version.
La différence principale entre une version LTS et une version non-LTS d’Ubuntu, c’est la durée de support et la stabilité. Une version LTS est maintenue pendant 5 ans. À l’inverse, une version non-LTS n’est supportée que 9 mois : il faut alors faire une mise à niveau du système régulièrement. En revanche, la dernière version non-LTS inclut toutes les nouveautés. Je vous conseille plutôt la version LTS si vous êtes débutant, car elle est plus stable et nécessite moins de mises à jour importantes. Vous pouvez toutefois opter pour la dernière version non-LTS si vous le souhaitez : cela n’aura aucun impact sur la suite.
Cliquez simplement sur le bouton "Download" pour récupérer l'image ISO d'Ubuntu.

Créer une clé USB bootable

Pour installer Ubuntu sur votre ordinateur, vous devez rendre l’image ISO amorçable depuis une clé USB. Cette clé servira de support d’installation.
Branchez une clé USB d’au moins 8 Go (attention, son contenu sera effacé), puis utilisez un outil comme BalenaEtcher pour créer le média bootable depuis l'image ISO. Il suffit de sélectionner le fichier ISO, la clé USB, et de cliquer sur "Flash".

Démarrer depuis la clé USB (boot)

Il faut maintenant démarrer votre ordinateur non pas sur le disque dur, mais sur la clé USB. Redémarrez votre machine et accédez au menu de démarrage ou au BIOS/UEFI. Cela se fait généralement en appuyant sur une touche juste après avoir démarré votre ordinateur (souvent F2, F10, F12, DEL, ESC). Vérifiez comment accéder à ce menu sur votre machine.
Dans le menu de démarrage, sélectionnez la clé USB (elle peut apparaître sous le nom du fabricant de la clé ou avec la mention "USB"). Puis, sélectionnez "Try or Install Ubuntu". L’ordinateur va alors démarrer sur Ubuntu en mode "live" : cela vous permet de tester le système sans rien modifier, ou de lancer directement l’installateur.

Paramétrage initial

L’installateur vous proposera de :
  • choisir votre langue, votre fuseau horaire ;
  • connecter un réseau Wi-Fi ;
  • choisir le type d’installation (par défaut ou étendu) en fonction de si vous souhaitez avoir un système minimal ou déjà avec de nombreuses applications préinstallées ;
  • installer ou non des logiciels tiers (pilotes graphiques, codecs...).

Choisir un type d’installation

Une fois Ubuntu lancé, l’assistant d’installation vous guide étape par étape. Suivez chaque étape et choisissez les options qui vous conviennent. L’étape la plus importante concerne le type d’installation. Selon votre situation, il y a trois cas possibles :
  • Installation à côté de Windows (dual boot)
Si votre ordinateur contient déjà Windows, Ubuntu détectera automatiquement cette installation et proposera une cohabitation des 2 systèmes d'exploitation :
  • L’installateur va réduire la partition de Windows pour libérer de l’espace ;
  • Ubuntu s’installera dans cet espace libre, avec ses propres partitions ;
  • Un gestionnaire d’amorçage (GRUB) sera installé, ce qui vous permettra de choisir entre Windows et Ubuntu à chaque démarrage de l'ordinateur.
Choisissez cette option si vous souhaitez conserver Windows pour certains logiciels (par exemple, pour jouer à des jeux vidéos) tout en découvrant Linux.
Pour procéder proprement, je vous recommande de créer au préalable une partition non allouée sur le disque de votre choix depuis Windows, puis de sélectionner manuellement cette partition lors de l’installation d’Ubuntu. Pour cela, ouvrez le gestionnaire de disques sous Windows, faites un clic droit sur le disque concerné, puis sélectionnez "Réduire le volume". Indiquez ensuite la taille que vous souhaitez réserver à Ubuntu (je vous conseille un minimum de 80 Go pour une utilisation confortable).
  • Remplacement complet de Windows
Si vous voulez utiliser uniquement Ubuntu, vous pouvez choisir d’effacer complètement le disque :
  • Cette option supprime toutes les données existantes, y compris Windows ;
  • Ubuntu deviendra alors le seul système installé sur la machine.
Choisissez cette option uniquement si vous souhaitez passer à 100 % sur GNU/Linux. Pensez à sauvegarder vos données issues de Windows avant la suppression complète.
  • Installation sur un ordinateur vierge
Si votre machine ne contient aucun système, ou si vous avez effacé le disque au préalable, l’installation se déroule comme dans le cas précédent. Ubuntu s’installera comme système principal et configurera automatiquement les partitions nécessaires.
On vous demandera ensuite de configurer un compte utilisateur (nom, mot de passe, nom de la machine...). Choisissez un mot de passe fort : il vous permettra de vous connecter au système, d'installer des logiciels ou encore de modifier les paramètres importants.
Pour plus d'informations sur l'installateur Ubuntu, vous pouvez également consulter ce tutoriel :
Une fois l’installation terminée, retirez la clé USB lorsque l’ordinateur vous le demande, puis redémarrez. Ubuntu sera alors installé et prêt à l’usage sur votre machine.
Félicitations, vous disposez désormais d’un système GNU/Linux complet !

Configuration initiale du système

Dès la fin de l’assistant d’installation, connectez-vous avec l’utilisateur créé puis ouvrez un terminal :
Ctrl+Alt+T

Mise à jour

Les images ISO contiennent des paquets figés plusieurs semaines avant leur diffusion donc commencez toujours par synchroniser les index et appliquer les correctifs :
sudo apt update && sudo apt full-upgrade sudo apt autoremove --purge
La première commande met à jour la liste locale des paquets, télécharge les nouvelles versions et les installe ; la seconde nettoie les dépendances devenues inutiles.
→ La commande sudo permet d’exécuter une action avec les droits administrateur et vous demande votre mot de passe pour confirmer.
Vous pouvez ensuite redémarrer votre ordinateur :
sudo reboot

Dépôts et canaux logiciels : comprendre d'où viennent les logiciels

Sous Ubuntu, l’installation et la mise à jour des logiciels se font via un système de dépôts officiels. Un dépôt est un serveur contenant des milliers de paquets logiciels (programmes, bibliothèques, pilotes...), tous organisés selon des règles précises. Ces paquets sont vérifiés, signés et distribués automatiquement via le gestionnaire de paquets apt.
Chaque dépôt est divisé en sections. Ubuntu active par défaut quatre sections principales :
  • main : les logiciels libres officiellement maintenus par Canonical. Exemples : Firefox, LibreOffice, bash...
  • restricted : les logiciels non libres, mais indispensables pour le bon fonctionnement matériel. Exemples : pilotes NVIDIA, firmware Wi-Fi, codecs propriétaires...
  • universe : les logiciels libres maintenus par la communauté. Exemples : GIMP, Inkscape, Audacity… multiverse : les logiciels soumis à des restrictions légales (brevets, licences non libres). Leur disponibilité peut varier selon les pays. Exemples : certains codecs audio/vidéo, Steam…
Chaque composant peut ensuite être décliné en plusieurs canaux ou pockets : release, security, updates, backports, etc., qui correspondent à la nature des mises à jour.

Premiers pas en ligne de commande

L’interface graphique rend l’utilisation d’Ubuntu intuitive, mais pour certaines tâches d’administration, le terminal reste l’outil le plus efficace et le plus puissant. Sous Ubuntu, l’interpréteur de commandes utilisé par défaut est Bash (Bourne Again SHell), un shell libre issu de la tradition Unix.
Utiliser le terminal permet de manipuler directement les fichiers, de configurer le système avec précision, de gérer les paquets, d’automatiser des tâches ou de diagnostiquer des problèmes. Voici une sélection des commandes essentielles que vous devrez connaître pour bien débuter.
  • Afficher le répertoire courant :
pwd
Cette commande affiche le chemin absolu du dossier dans lequel vous vous trouvez. Très utile pour ne jamais perdre le fil de votre position dans l’arborescence.
  • Lister le contenu d’un dossier
ls -lah
Cette commande liste les fichiers et dossiers du répertoire en cours, en format détaillé :
  • -l : mode "long", qui affiche les permissions, la taille, l’utilisateur, la date...
  • -a : affiche aussi les fichiers cachés (ceux qui commencent par un point).
  • -h : "human-readable", affiche les tailles dans un format lisible (Ko, Mo...).
Variante :
lsblk
Affiche l’arborescence des disques et partitions connectées à votre système (très pratique pour identifier un disque USB par exemple).
  • Changer de répertoire :
cd /path/to/folder
cd signifie "change directory". Cela permet de se déplacer dans l’arborescence des fichiers. Par exemple, avec la commande cd Music, je vais me retrouver dans le dossier /Music.
  • cd ~ : revient dans le dossier personnel principal.
  • cd - : revient au dossier précédent.
  • Créer un répertoire
Pour créer un nouveau dossier à l'intérieur du dossier dans lequel vous vous trouvez, vous pouvez utiliser la commande :
mkdir name
Modifiez simplement "name" par le nom de votre nouveau dossier.
  • Copier un fichier :
Pour copier et coller un fichier, utilisez la commande cp, suivie du nom du fichier (vous devez être positionné dans le dossier où se trouve ce fichier), puis du chemin vers le dossier de destination.
cp file.txt destination
  • Déplacer ou renommer un fichier :
mv file.txt /new/folder/
La commande mv permet à la fois de déplacer et de renommer un fichier ou un dossier. Si vous indiquez un chemin vers un autre dossier après le nom du fichier, celui-ci sera déplacé. Si vous indiquez un nouveau nom, le fichier sera simplement renommé.
  • Supprimer un fichier ou un dossier :
rm file.txt
Attention : cette commande ne passe pas par une corbeille.
  • -r : suppression récursive (pour les dossiers).
  • -f : force la suppression sans confirmation (dangereux).
Pour éviter les erreurs avec cette commande, je vous recommande d’ajouter une confirmation par défaut. Exécutez simplement dans votre terminal :
echo "alias rm='rm -i'" >> ~/.bashrc source ~/.bashrc
Cela vous demandera confirmation avant chaque suppression.
  • Nettoyer le terminal
Pour nettoyer les commandes dans votre terminal et repartir d’un écran vide, tapez la commande :
clear
  • Exécuter une commande en tant qu’administrateur :
sudo command
Le mot-clé sudo (superuser do) permet d’exécuter temporairement une commande avec les privilèges root (administrateur système). On vous demandera votre mot de passe pour confirmer cette action. Donc attention, n'utilisez jamais sudo sans comprendre ce que fait la commande.
Astuce : pour basculer dans un shell root (session administrateur), tapez :
sudo -i
Cela ouvre un terminal complet avec les droits root. À utiliser avec précaution et jamais de manière prolongée.
  • Consulter l’aide d’une commande :
man command_name
La commande man (manual) ouvre la documentation complète d’une commande. Naviguez avec les flèches et quittez avec q.
Exemple :
man cp
Pour un résumé rapide, utilisez :
cp --help
Ces premières commandes suffisent à effectuer la majorité des opérations de base dans votre terminal. Avec un peu de pratique, vous gagnerez en autonomie et en vitesse.
Dans les prochaines sections, nous allons aller plus loin sur l’utilisation du terminal pour la gestion du système, des paquets et des outils de sécurité.

Gestion des paquets : APT, Snap et Flatpak

Dans un système GNU/Linux comme Ubuntu, l’installation, la mise à jour et la suppression de logiciels sont centralisées à travers des systèmes de gestion de paquets. Contrairement à Windows où l’on télécharge des fichiers .exe ou .msi, Ubuntu utilise des outils comme APT, Snap ou Flatpak pour automatiser ces opérations, en garantissant la cohérence du système.

APT : la méthode native de Debian

APT (Advanced Package Tool) est le gestionnaire de paquets principal d’Ubuntu. Il manipule les paquets au format .deb, issus des dépôts officiels. Chaque paquet contient un logiciel, ses dépendances et ses métadonnées. Découvrons ensemble quelques commandes de base en prenant pour exemple le logiciel de retouche d'image GIMP.
Pour rechercher dans les dépôts un paquet disponible (vous devez évidemment remplacer "gimp" par le nom du logiciel souhaité) :
apt search gimp
Pour installer le paquet ainsi que toutes ses dépendances :
sudo apt install gimp
Une fois l’installation terminée, vous pourrez retrouver l’exécutable dans le menu des applications d’Ubuntu, situé en bas à gauche de l’interface.
Encore plus simple : vous pouvez également taper le nom de votre logiciel directement dans le terminal (dans mon cas, "gimp") pour l’ouvrir.
Pour supprimer un logiciel, vous pouvez utiliser la commande suivante (en remplaçant "gimp" par le nom du logiciel que vous souhaitez désinstaller) :
sudo apt remove gimp
Vous pouvez également ajouter --purge à votre commande afin de supprimer les fichiers de configuration associés au logiciel :
sudo apt remove --purge gimp
Pour mettre à jour la base les paquets disponibles (update) et installer les dernières versions (upgrade), vous pouvez exécuter ces deux commandes :
sudo apt update sudo apt upgrade
→ APT est rapide, léger et très bien intégré à Ubuntu. Pour tous les logiciels disponibles dans les dépôts officiels, c’est la méthode à privilégier.

Snap : les paquets conteneurisés de Canonical

Snap est un format de paquet développé par Canonical, conçu pour être universel, isolé du système principal et auto-contenu. Cela signifie que chaque snap embarque ses propres dépendances et s’exécute dans un environnement semi-sécurisé (sandbox).
Cela permet d’avoir des logiciels à jour indépendamment du système et cela fonctionne sur toutes les distributions Linux qui supportent Snap. En revanche, le temps de démarrage est plus long, cela peut mener à un empilement inutiles des mêmes dépendances et l'intégration au bureau est parfois moins fluide.
Pour rechercher un paquet Snap dans le Snap Store (ici pour le logiciel Spotify) :
snap find spotify
Pour installer le paquet :
sudo snap install spotify
Une fois l’installation terminée, vous pourrez retrouver l’exécutable dans le menu des applications d’Ubuntu, situé en bas à gauche de l’interface. Ou bien encore plus simple : vous pouvez également taper le nom de votre logiciel directement dans le terminal (dans mon cas, "spotify") pour l’ouvrir.
Pour mettre à jour tous les paquets Snap installés :
sudo snap refresh
Pour supprimer une application :
sudo snap remove spotify
→ Les applications Snap sont installées dans le répertoire /var/snap et montées comme systèmes de fichiers séparés.

Flatpak : une alternative modulable

Flatpak est un autre format de paquet universel, développé par la communauté (Red Hat, GNOME…). Il vise à résoudre les limites des formats traditionnels tout en offrant une meilleure gestion des permissions que Snap. Chaque application fonctionne en sandbox, mais avec une granularité de contrôle plus fine.
Pour installer Flatpak et son intégration graphique :
sudo apt install flatpak gnome-software-plugin-flatpak
Pour ajouter le dépôt communautaire principal (Flathub) :
flatpak remote-add --if-not-exists flathub https://flathub.org/repo/flathub.flatpakrepo
Pour installer une application via Flatpak, utilisez la commande suivante (dans cet exemple, pour installer le logiciel VLC) :
flatpak install flathub org.videolan.VLC
En résumé :
FormatOrigineIsolationTaillePerformancesContrôle des droits
APT / .debDebian🟡
SnapCanonical🟡🟡
FlatpakCommunautaire🟡🟡

App Center : l'installateur graphique

Ubuntu intègre une application nommée App Center, qui sert d’interface graphique pour rechercher, installer et désinstaller facilement des applications, sans utiliser les lignes de commande comme nous venons de le voir. Techniquement, App Center agit comme une surcouche aux gestionnaires de paquets. Elle peut donc :
  • Installer des paquets .deb en s’appuyant sur APT ;
  • Installer des paquets Snap, issus du Snap Store.
Ainsi, le store App Center n’est pas un système d’installation à part entière, mais une interface qui regroupe et unifie plusieurs sources logicielles, avec un moteur de recherche, des fiches descriptives et des boutons d’installation accessibles aux débutants.

Maintenance et mises à jour

Pour assurer la stabilité et la sécurité de votre système, Ubuntu applique automatiquement les mises à jour critiques via un service appelé unattended-upgrades. Ce service fonctionne en arrière-plan et installe les correctifs de sécurité publiés par la distribution, sans votre intervention.

Vérifier l’état du service automatique

Pour s'assurer que ce mécanisme est bien actif :
sudo systemctl status unattended-upgrades
Vous devriez voir une sortie indiquant que le service est active (running).
Si ce n’est pas le cas, vous pouvez l’activer manuellement :
sudo systemctl enable --now unattended-upgrades
Ce service protège votre système contre les vulnérabilités récemment découvertes, sans avoir besoin de vérifier manuellement chaque jour s’il existe des mises à jour. Il est particulièrement utile sur les postes peu surveillés comme les ordinateurs personnels, car il garantit un minimum de sécurité à jour.
Attention : unattended-upgrades se limite aux paquets de sécurité issus du dépôt security. Il n’applique donc pas les mises à jour des logiciels standards, que vous devrez faire manuellement.

Mettre à jour manuellement tout le système

Même si les correctifs critiques sont installés automatiquement, il est important de lancer régulièrement une mise à jour manuelle complète pour bénéficier des dernières versions des logiciels et des composants non couverts par unattended-upgrades. Pour ce faire, exécutez la commande :
sudo apt update && sudo apt full-upgrade
  • apt update synchronise la liste des paquets disponibles ;
  • apt full-upgrade installe les nouvelles versions, même si cela implique de modifier certaines dépendances (au contraire de upgrade, qui est plus conservateur).
Après la mise à jour, vous pouvez nettoyer les fichiers inutiles avec :
sudo apt autoremove --purge
Cette commande supprime les paquets devenus obsolètes et les fichiers de configuration associés.
Si vous avez installé des logiciels via les gestionnaires de paquet Snap ou Flatpak, vous pouvez utiliser ces deux commandes pour les mettre à jour également :
sudo snap refresh flatpak update

Redémarrage après certaines mises à jour

Certaines mises à jour critiques, comme celles du noyau Linux ou de la libc (bibliothèque standard du langage C, utilisée par la majorité des programmes), ne prennent effet qu’après un redémarrage de votre machine. Pour savoir si un redémarrage est conseillé, installez l’outil needrestart :
sudo apt install needrestart
Puis lancez :
sudo needrestart
Ce programme analysera les services ou processus qui utilisent encore d’anciennes versions des bibliothèques ou du noyau, et vous indiquera si un redémarrage est nécessaire pour appliquer les mises à jour.
Maintenir votre système et vos logiciels à jour est un réflexe essentiel en sécurité informatique. Avoir un système Linux à jour est une garantie de stabilité, sécurité et performance.

Pare-feu et durcissement réseau

Un pare-feu est un outil de sécurité qui contrôle les connexions réseau entrantes et sortantes d’un ordinateur. Sur Ubuntu, il va vous servir à filtrer le trafic afin d’autoriser uniquement les communications légitimes et de bloquer celles qui pourraient être malveillantes. Cela permet par exemple d’empêcher des intrusions extérieures non sollicitées, afin de renforcer la protection de vos données et de votre système.
Dès l’installation, sécuriser les communications réseau de votre machine est donc une étape importante. Ubuntu intègre un pare-feu standard : UFW (Uncomplicated Firewall). Il permet de gérer finement les connexions entrantes et sortantes, sans devoir écrire manuellement des règles complexes.

Activer le pare-feu

Par défaut, UFW est installé, mais inactif. Pour l’activer :
sudo ufw enable
Une fois activé, vous pouvez vérifier son état et les règles en cours avec :
sudo ufw status verbose
Par défaut, UFW adopte une stratégie de rejet des connexions entrantes non sollicitées tout en autorisant le trafic sortant, ce qui est un bon compromis sécurité/fonctionnalité pour une machine personnelle générale.

Autoriser un service

Si vous devez rendre un service accessible à distance (comme un serveur SSH par exemple), vous devez explicitement autoriser son port :
sudo ufw allow 22/tcp comment 'SSH'
  • 22 est le port par défaut du service SSH ;
  • tcp est le protocole utilisé ;
  • L’option comment vous permet d’ajouter une annotation lisible pour faciliter la lecture des règles ultérieurement.
Vous pouvez vérifier la règle avec :
sudo ufw status numbered

Définir des règles par plage IP (usage local)

Il est possible de restreindre l’accès à certains services à une plage d’adresses IP, ce qui peut être utile dans un réseau local (LAN) :
sudo ufw allow from 192.168.1.0/24 to any port 6881 proto tcp
Cela autorise les connexions TCP sur le port 6881 uniquement depuis le sous-réseau 192.168.1.0/24 (typiquement votre réseau Wi-Fi domestique).

Interface graphique : GUFW

Si vous êtes moins à l’aise avec le terminal, il existe une interface graphique nommée GUFW, qui permet de gérer facilement les règles du pare-feu avec des boutons, listes déroulantes et boîtes de dialogue. Pour l’installer :
sudo apt install gufw
Une fois installé, lancez-le via le menu d’applications. Vous pourrez activer le pare-feu, autoriser ou bloquer des services et consulter les connexions filtrées en temps réel.
Bonnes pratiques : Même si vous n’exposez pas de service réseau à l’extérieur, un pare-feu reste utile pour bloquer certains types de scans ou d'accès. Pensez aussi à désactiver les services inutiles et à toujours tenir vos logiciels réseau à jour. Ce durcissement du réseau local est une première ligne de défense dans une stratégie de sécurité plus large, mais nous y reviendrons plus tard dans la formation.

Connexion Internet et gestion réseau

Sous Ubuntu, la gestion du réseau est assurée par NetworkManager, un service qui centralise les connexions filaires, Wi-Fi, VPN, modem... Il fonctionne en tandem avec netplan, un outil de configuration de bas niveau qui définit les réglages réseau persistants dans des fichiers YAML. Ensemble, ces outils assurent à la fois la simplicité pour un usage quotidien et la robustesse pour des cas plus complexes (serveurs, configurations manuelles...).

Gestion via l’interface graphique

Pour la majorité des utilisateurs, l’interface graphique intégrée à GNOME (Paramètres système → Réseau/Wi-Fi) suffit amplement. Elle permet de :
  • se connecter à un réseau Wi-Fi disponible ;
  • gérer les connexions filaires, les proxys, ou les VPN ;
  • visualiser l'état actuel de chaque interface réseau.
Ce mode de gestion est intuitif et couvre la plupart des besoins classiques sur un ordinateur personnel.

Utilisation du terminal avec nmcli

En cas de dépannage ou d’accès distant, la commande nmcli permet de manipuler NetworkManager en ligne de commande.
  • Pour afficher les interfaces réseau détectées :
nmcli device status
  • Pour scanner les réseaux Wi-Fi à proximité :
nmcli device wifi list
  • Pour se connecter à un réseau Wi-Fi :
nmcli device wifi connect "wifi_name" password "password"

Installer les applications essentielles

Une fois votre système de base fonctionnel, l’étape suivante consiste à installer les logiciels adaptés à vos usages. Ubuntu propose plusieurs méthodes d’installation (APT, Snap, Flatpak), que nous avons détaillées précédemment. Ici, nous utilisons APT dès que possible pour maintenir une intégration native avec le système.

Navigateur web

Ubuntu inclut Firefox en version Snap par défaut. Ce format apporte une meilleure isolation (ce qui est bien en termes de sécurité), mais provoque un temps de lancement plus lent, plus de consommation de ressources, et quelques limitations d’intégration avec le système (gestion des fichiers, thèmes...).
Si vous préférez la version native .deb, vous pouvez l’installer depuis le PPA officiel de Mozilla :
sudo add-apt-repository ppa:mozillateam/ppa sudo apt update sudo apt install firefox
Puis, pour empêcher le système de revenir automatiquement à la version Snap lors de mises à jour :
sudo apt-mark hold firefox
Cela fige la version .deb actuellement installée. Elle continuera d’être mise à jour, mais restera sous ce format.
Nous aborderons plus en détail les navigateurs dans un prochain chapitre, afin de vous aider à choisir celui qui correspond le mieux à vos usages, et à le configurer de manière optimale.

Email

Thunderbird est le client de messagerie open source de référence, développé également par Mozilla. Il prend en charge les comptes IMAP/POP, les calendriers, les extensions et le chiffrement OpenPGP.
sudo apt install thunderbird

Suite bureautique

LibreOffice est la suite bureautique libre la plus complète. Elle propose des alternatives à Word, Excel et PowerPoint, avec une excellente compatibilité avec les formats Microsoft Office (.docx, .xlsx, .pptx).
sudo apt install libreoffice
Si vous souhaitez une installation plus ciblée :
sudo apt install libreoffice-writer libreoffice-calc libreoffice-impress
Ces trois paquets couvrent l’essentiel : traitement de texte, tableur et présentation.
D’autres alternatives existent également, comme OnlyOffice (plus proche de l’interface Microsoft Office), WPS Office (propriétaire, mais très fluide), ou encore Calligra Suite (projet KDE). Ces options peuvent être installées via Flatpak, Snap ou téléchargées depuis leurs sites respectifs.

Multimédia

VLC est un lecteur multimédia universel, capable de lire la majorité des formats audio/vidéo sans codecs supplémentaires :
sudo apt install vlc
Ubuntu ne fournit pas par défaut certains codecs propriétaires (MP3, H.264...), pour des raisons juridiques. Le paquet suivant ajoute ces éléments indispensables :
sudo apt install ubuntu-restricted-extras

Graphisme et création

Pour la retouche photo et le dessin vectoriel, deux références open source sont disponibles :
sudo apt install gimp inkscape
GIMP est un logiciel de retouche photo avancé, comparable à Adobe Photoshop, et Inkscape est un logiciel de dessin vectoriel, comparable à Adobe Illustrator.
Pour le montage vidéo, vous pouvez installer Kdenlive qui est complet, intuitif et adapté aussi bien aux débutants qu’aux utilisateurs avancés :
sudo apt install kdenlive
Pour le montage audio, il y a Audacity :
sudo apt install audacity
Pour l’enregistrement d’écran, le streaming ou la création de contenus vidéo en direct, il y a OBS Studio :
sudo apt install obs-studio

Outils de développement

Si vous êtes développeur, pour installer une base de développement C/C++, Git, et des utilitaires réseau :
sudo apt install build-essential git curl
Pour installer VSCode :
sudo snap install code --classic
Au-delà de ces quelques outils de base, je vous recommande bien sûr d’installer les outils de sécurité essentiels adaptés à vos usages, notamment un gestionnaire de mots de passe et un VPN :
Enfin, pour terminer ce chapitre, je vous rappelle quelques bonnes pratiques à suivre au quotidien :
  • N’utilisez la commande sudo que lorsque c’est strictement nécessaire. Cette commande élève temporairement vos droits pour exécuter une action en tant qu’administrateur. Une erreur sous sudo (par exemple un rm -rf) peut affecter tout le système. Évitez aussi de passer en mode root (sudo -i) pour de longues sessions, sauf nécessité exceptionnelle ;
  • Même si Ubuntu applique automatiquement certains correctifs de sécurité via le service unattended-upgrades, cela ne couvre pas l’ensemble des logiciels. Exécutez manuellement une mise à jour complète régulièrement :
sudo apt update && sudo apt upgrade
Avec ce chapitre sur les bases d'Ubuntu, vous disposez désormais d’un environnement Linux fonctionnel, cohérent et adapté à un usage quotidien. Vous savez installer des logiciels, configurer votre réseau, maintenir votre système à jour et intervenir via le terminal en ligne de commande.
Cette autonomie technique constitue le socle indispensable pour aborder sereinement la suite de cette formation. Dans la prochaine section, nous approfondirons les mécanismes de sécurité de votre poste de travail et mettrons en œuvre les premières mesures concrètes pour en renforcer la résilience.
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